Mardi 12 janvier 2010
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(Parce que quand on est passé par une prépa, on peut blablater sur tout et n'importe quoi...)
(Respirez, c'est du second degré.)
Introduction
Depuis qu'il existe, le système des Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles est considéré comme un système d'élite, bien supérieur au système de l'université, où se retrouve en majorité la masse
lycéenne après le bac. Beaucoup de gens considèrent ainsi que « La prépa, c'est quand même vachement plus mieux que la fac ! » S'il est vrai que l'Hypokhâgne est réputée pour être
beaucoup plus exigeante que la fac, où les élèves sont relativement livrés à eux-mêmes, la plus grande partie des élèves ayant suivi une ou plusieurs années de classe prépa finit pourtant à
l'université. Est-il donc pertinent d'opposer ces deux systèmes ? La prépa paraît d'abord être quand même vachement plus mieux que la fac. Mais lorsque l'on connaît les deux systèmes, on se doit de
reconnaître que la fac peut parfois être vachement plus mieux que la prépa. Peut-on donc réellement distinguer un système vachement plus mieux que l'autre ?
I. Oui, la prépa est vachement plus mieux que la fac
A. Tout le monde est prêt à vous foutre un coup de pied au c*l pour que vous réussissiez
Le premier argument que les « pro-prépas » citent en général pour défendre 'leur' système, c'est l'encadrement. Et sur ce point, il faut leur accorder raison : côté
encadrement (qui a dit « fliquage » ?), difficile de trouver mieux. Les absences sont comptées, comme les retards, et si vous ne faites pas le boulot demandé en temps et en heure, vous
passez trois nuits de boulot à vous en mordre les doigts et/ou vous vous plantez méchamment à l'examen que vous n'avez pas révisé. A la fac, en général, personne n'ira vérifier que vous avez bien
lu le texte étudié en cours ou que vous avez bien appris votre vocabulaire. La plupart des profs ne font pas l'appel : libre à vous de sécher tous les cours du semestre si ça vous amuse, et bon
courage pour réviser le partiel ! En un sens, il est plus 'facile' de réussir en prépa qu'en fac : quand vous vous relâchez en prépa, les conséquences sont en général immédiates et vous vous faites
assez vite taper sur les doigts. En fac, personne n'est derrière vous pour vous dire de bosser, ou pour vous avertir qu'il va falloir mettre les bouchées doubles si vous voulez avoir votre année.
Voilà pourquoi beaucoup d'élèves décrochent de la fac au milieu d'une année, alors qu'en prépa les gens essaient de s'accrocher un minimum.
B. Monsieur / Madame Je-sais-tout existe
Ensuite, il y a la question de la pluridisciplinarité. Là-dessus, c'est vrai qu'il est très très dur de concurrencer la prépa : mise à part quelques licences un peu généralistes, il
n'existe presque rien à la fac qui s'apparente de près ou de loin à la pluridisciplinarité que la prépa propose. Alors pour un élève de Terminale qui ne sait pas quoi choisir entre toutes les
matières qui l'intéressent, la prépa est franchement idéale. Et même pour l'élève qui n'est pas dingue de toutes les matières du lycée, la prépa peut être le lieu de belles découvertes, comme elle
l'a été pour moi dans pas mal de matières. Je pense qu'un élève 'de base' de fac a des connaissances autres que sa matière principale très pauvres : demandez à un élève en licence de Lettres
Modernes de vous développer un concept philosophique, ou de vous parler un peu du XIXème siècle... Alors oui, il faut bien se spécialiser un jour, mais n'avoir presque aucune notion d'histoire et
de philo quand on étudie la littérature, c'est un peu gênant quand même. La prépa a le véritable avantage de proposer aux élèves d'atteindre un bon niveau dans plusieurs matières, alors qu'une
licence offre des connaissances a priori très précises dans une matière et des connaissances très très succintes dans d'autres domaines, comme celui des langues. 1h30 d'anglais en licence de
Lettres Modernes contre 4h en LV1 en prépa : tout est dit. Par curiosité, j'ai écouté des élèves de LM parler de leurs cours d'anglais ; au programme : « Inventez un objet » ou
« Parlez du métier de vos rêves »... Alors oui, si on aime l'anglais type lycée avec des devoirs de 'rédaction' de 200 mots, on peut peut-être s'en contenter, sinon il faut vraiment se
motiver et bosser la langue par soi-même en lisant des livres non-traduits, en voyant des films en VO sans sous-titres, etc. J'ai peut-être l'air un peu sévère avec les élèves de fac, mais j'ai
vraiment l'impression que si on demande à un élève une connaissance qui sort de son 'domaine', on lui demande la lune. Pour vous donner un exemple, lors d'un cours d'anglais, on regarde un extrait
de Pleasantville, où les personnages parlent d'un livre dont le héros s'appelle « Holden Caulfield. » La prof demande
de quel bouquin il s'agit, je réponds que c'est The catcher in the rye et trois élèves se retournent vers moi genre
« Oh mon Dieu, elle ne voit pas seulement des films, elle lit aussi des livres ! » Je vous rassure, il y a des exceptions, comme partout, mais à la fac, il faut avoir une vraie volonté de
ne pas se contenter de ce qu'on vous 'donne' et aller plus loin par soi-même.
C. La prépa, c'est pas fait pour les chiens
Je crois qu'il y a un cas où vraiment, un élève ne devrait pas hésiter à aller en prépa : c'est s'il veut être prof. (Et s'il veut l'ENS, mais combien d'élèves 'veulent l'ENS' par
principe quand ils sont au lycée juste parce que c'est prestigieux ?) Certes, je ne vais pas passer les concours de l'ENS, et les concours de l'enseignement ne m'intéressent a priori pas, mais
entre un élève de prépa qui fait facilement 15 dissertations par an et un élève de fac qui en 2ème année ne sait pas ce qu'est un plan dialectique, je vous laisse deviner lequel a le plus de chance
d'avoir son concours... La fac n'a pas vraiment les moyens de préparer aussi bien que la prépa : certes, il y a des cours de méthodologie de la dissertation en première année, mais vu les
réflexions qu'on peut entendre quand les profs refont un point sur la méthode, on se demande si ces cours servent vraiment à quelque chose. Pour vous donner une idée, j'ai eu en tout et pour tout
deux devoirs à rendre en Lettres Modernes : une dissertation, et un commentaire sous forme d'exposé. Quand on voit le nombre de dissertations et de commentaires qu'on fait en prépa, je ne vois pas
comment un élève de fac pourrait 'faire le poids' face à un élève de prépa. Enfin j'imagine que ça s'améliore au niveau du Master...
II. Mais la fac est sous certains aspects autant plus mieux que la prépa
A. You'll be a Man, my son !
L'encadrement, c'est bien, mais il y a un moment où on commence à en avoir assez d'être considéré comme un lycéen (parce qu'à bien des égards, la prépa est quand même un 'lycée + +
+') et où on a besoin d'autonomie. Le problème, bien sûr, c'est que la plupart des gens ne sont pas capable de gérer cette autonomie qu'on leur donne dès leur arrivée à la fac. J'y reviendrai plus
loin. Mais une fois qu'on commence à être organisé, à parvenir à bosser par soi-même... ben l'autonomie, c'est quand même le bonheur ! Les dm sont en général donnés tellement à l'avance qu'on peut
les travailler sans les bâcler et sans stresser parce qu'on est à la bourre. C'est quand même sympa d'avancer sur quatre dissertations/dm en même temps, à son rythme, sans devoir y passer 4h à la
suite parce qu'on doit les rendre le lendemain. Et surtout, surtout, ça fait du bien d'être ENFIN considéré comme un étudiant / adulte. Parce qu'en prépa, on a beau être majeur et vacciné, on sait
bien qu'au fond, on n'est pas franchement considéré comme des étudiants. Je ne sais pas si ça change en Khâgne, mais j'avoue que j'ai été légèrement énervée d'apprendre en début d'HK que même si
j'étais majeure et que j'avais ma propre adresse, mes bulletins seraient envoyés à mes parents et pas à moi... Idem pour les mots d'absences et de retard. En fac, on assume ses absences comme des
grands : certains profs ne font jamais l'appel, libre aux élèves de sécher les cours et d'être dans la merde quand les partiels arrivent, d'autres rayent l'élève du TD au bout de 3 absences et
c'est direction l'examen final. La relation profs/élèves est aussi très différente. Quelque part, les profs de prépa sont plus proches des élèves : forcément, comme ils nous voient plusieurs fois
dans la semaine, ils connaissent nos noms, et on peut faciler leur parler. En fac, ça varie beaucoup d'un prof à l'autre : certains ne connaissent aucun prénom (et s'en foutent...) et quittent le
cours à la seconde où il est fini, tandis que d'autres nous tutoient (assez rare), connaissent presque tous les prénoms et discutent volontiers avec les élèves même en dehors des cours. Mais les
profs ne considèrent pas les élèves comme des lycéens, mais bien comme des étudiants, voire comme des adultes, et franchement on ne s'en porte pas plus mal !
B. Apprendre peu, mais apprendre bien ?
La pluridisciplinarité, c'est bien, mais ce n'est pas le rêve de tout le monde. Personnellement, mon but n'était déjà pas de conserver toutes les matières du lycée après la TL, et il
l'était encore moins après mon année d'HK ! Certes, j'ai découvert des matières d'un nouvel oeil en HK, et j'ai été très contente de les approfondir, mais après un an, j'avais très envie de me
spécialiser... Je pense que quand on a vraiment envie d'étudier exclusivement une matière, la fac est bien plus appropriée que la prépa. La seule chose, c'est qu'il faut bien se renseigner sur le
contenu d'une licence pour ne pas avoir de déconvenues comme c'est un peu mon cas cette année (je développerai dans mon article sur la licence de Lettres Modernes). La prépa est assez frustrante en
ce qu'on emmagasine des connaissances dans tous les domaines, mais qu'au fond on n'a rien le temps d'appronfondir réellement. Non seulement la fac offre des connaissances plus pointues dans une
matière, mais le temps que l'emploi du temps d'un élève de fac lui laisse permet d'aller plus loin par soi-même. Ensuite, tout est une question de choix : on peut se contenter du cours comme on
peut aller lire les bouquins indiqués dans la biblio ou voir des films évoqués en cours. J'aime beaucoup le fait de pouvoir approfondir les matières qui me plaisent sans avoir l'impression de
« perdre du temps » sur mon travail en général. Et puis on trouve aussi à la fac des gens très brillants et très cultivés, qui ont d'ailleurs quelque part plus de 'mérite' que les élèves
de prépa, parce qu'ils ont des connaissances qu'ils ont acquises par et pour eux-mêmes, sans être pris par la main par les profs. Ils sont d'ailleurs souvent moins 'bêtement' scolaires que les
(hypo)khâgneux ultra fiers d'avoir lu Nietzsche et Kant et de majorer au KB...
C. Il est liiiiiiibre, Max
Faut pas se leurrer : la fac, c'est quand même le synonyme de libertéééééééé ! Une liberté qui peut s'avérer un piège si c'est juste un prétexte à la glandouille, mais qui est très
très appréciable après une année d'HK passée à manger / dormir / bosser. Je ne peux pas vous dire à quel point ça me fait du bien de recommencer à aller au cinéma, à voir des films, à lire des
bouquins pour mon plaisir personnel... Bien sûr, c'est possible en prépa, mais certainement pas à la même fréquence, et pas si on manque d'organisation comme c'était mon cas l'année dernière. Je
n'ai plus d'activités extrascolaires depuis longtemps, mais la fac laisse clairement le temps de faire beaucoup de choses à côté des études, contrairement à la prépa. Quand je vois tous les projets
auxquels certains élèves en licence de Cinéma ont pu participer, je me sens carrément scolaire / terre à terre / ex-hk-qui-n'a-pas-vu-la-lumière-du-soleil-pendant-un-an... Bon, ok : à côté de ça,
ça fait aussi du bien de voir ses amis quand on veut, de sortir en semaine, de se dire « et puis merde, je sèche le cm d'économie ! » le lundi matin à 8h, de glander sans culpabiliser à
mort !
III. P'tain mais vous avez rien compris ou quoi ?! (Oui, ceci est une partie sans sous-parties...)
Il faut être honnête : après le bac, très très peu d'élèves sont capables de bosser d'eux-mêmes comme l'exige la fac. Et là, enchaîner prépa et fac est un vrai plus, même si la prépa
ne laisse aucune autonomie en apparence : quand on sort du système, on a pris l'habitude de bosser (en théorie), et on est capable de bosser seul, tout simplement parce que si on ne bosse pas de
soi même en fac, on peut ne rien faire. Et ne rien faire après une année (ou plus) de prépa, c'est dur, si si ! Donc quand on arrive en fac, on a en théorie déjà pris le rythme, et il est beaucoup
plus facile de s'organiser au niveau des dm, par exemple. En prépa, j'étais tout le temps à la bourre dans les devoirs à rendre pour deux raisons : je n'avais pas l'habitude de commencer un devoir
quand on me donnait le sujet (PROCRASTINATION) et il y avait tellement de boulot à côté que je finissais par me noyer complètement. Après une année de prépa, je commence mon boulot le jour où on me
le donne (si si !), et j'arrive du coup à gérer les dm de mes deux licences : le fait de ne pas avoir énormément de boulot régulier permet d'approfondir vraiment un dm, et c'est de toute façon
franchement stupide, en fac, de commencer la veille un devoir à rendre. L'hypokhâgne donne des bases, la fac permet de les exploiter. (Enfin la khâgne aussi, je suppose, mais avec beaucoup plus de
stress et de contraintes qu'en fac.)
Conclusion
Opposer prépa et fac, c'est quand même une grosse c*nnerie. Déjà parce que : eh oh les HK/KH, la majorité d'entre vous finira à la fac ! Ensuite parce que ce sont au contraire deux
systèmes qui peuvent être très complémentaires, je crois être assez bien placée pour le dire. Ils ont tous les deux leurs qualités et leurs défauts, à vous de faire la part des choses et de
profiter de ce que ces deux systèmes ont à vous offrir de mieux ! Mais pour finir sur une note un peu plus partiale : à tous les élèves de Terminale qui hésitent entre la fac et l'HK, et qui ont
les moyens d'aller en prépa même s'ils ont un peu la trouille de se planter... tentez la prépa ! Au pire vous partirez après un mois et vous rejoindrez tranquillement la fac où les cours n'auront
normalement même pas commencé. Et même pour un an, ça vaut le coup, et vous ne le regretterez pas : j'en suis la preuve vivante, non ? :D
J'écrirai mon article sur la licence de Lettres Modernes plus tard, puisqu'on arrive en plein dans les partiels et que ça risque de me prendre plus que 30 minutes entre deux révisions !
Par Colombe
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Publié dans : Aventures fakheuses
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