Un an en Hypokhâgne pas à près pas : l'hypo-réalité, vous en rêviez p'têtre pas, mais on l'a fait quand même.
Quelque part, cette année (cette année de L3, et l'année de mes 20 ans, aussi) aura un peu été l'année des premières fois. Premier échec à un examen (merci le permis !), première vraie décision de bouger un peu ma petite vie de parisienne tranquille en allant vivre un an à l'étranger, et d'autres premières fois plus ou moins (in)attendues. Toutes réussies, si on excepte le permis. Mais il y a eu une autre première fois cette année, pas vraiment sentimentale : mon premier concours. Forcément, tout ça doit paraître un peu niais aux khâgneux et autres khûbes qui font maintenant office de routards des concours, mais pour moi, c'était tout nouveau.
Cette année, j'ai donc passé le premier concours national de ma vie : celui de la Fémis. Pour expliquer à ceux qui ne connaîtraient pas cette école, ou seulement de nom, une idée de ce qu'est la Fémis, c'est un peu l'ENS du Cinéma, avec Louis Lumière, une autre école parisienne. Tout étudiant en cinéma (à quelques exceptions près...) rêve, secrètement ou pas, d'intégrer la Fémis. C'est un peu « la voie royale » du cinéma, pour reprendre une expression totalement bateau souvent appliquée à la prépa. La Fémis (mandieu, tous ceux qui vont taper le nom de l'école dans Google vont atterrir sur mon blog, ç't'horrible !), même ceux qui la critiquent se laissent parfois tenter par son concours. Sortir de la Fémis, ce n'est pas forcément faire de bons films (encore que Tomboy... <3), mais c'est surtout être dans une école qui a un p*tain de prestige. (Prépa / Fémis, que tout ceci semble lié...)
Pour vous donner un rapide aperçu de la formation (initiale) offerte par l'école, il y a deux filières :
- la filière générale : elle recrute à Bac + 2 et concerne en gros les métiers plus ou moins artistiques du domaine du cinéma (réalisation, scénario, montage, scripte, image, son, production...). Elle s'effectue en 3 ans.
- la filière distribution-exploitation : elle recrute à Bac + 3 et est beaucoup plus professionnalisante et plus courte (dans les 1 an ½) que la filière générale. C'est assez explicite : elle forme aux métiers d'exploitant et de distributeur.
Clairement, la filière générale est beaucoup plus connue que la filière distribution-exploitation. Et donc, beaucoup plus demandée. Pour vous donner une idée, en 2010, sur 445 candidats en réalisation (la section la plus demandée avant scénario), 4 sont finalement entrés à la Fémis. Ca refroidit, hein ?
La Fémis, c'était, un peu comme la prépa, mon rêve de collégienne. Chaque année depuis la 4ème ou la 3ème, j'espérais arriver rapidement à Bac + 2 pour pouvoir tenter le concours dans la section scénario (169 inscrits, 6 admis...). Et puis finalement, je suis arrivée au niveau Bac + 2, et je n'ai pas passé le concours, pour plusieurs raisons. Et cette année, je l'ai passé en distribution-exploitation, encore pour d'autres raisons. Sans espérer intégrer l'école cette année, mais pour me frotter un peu à la réalité du concours, et voir ce que je 'vaux' pour eux.
Je me suis donc retrouvée, cette année, à guetter l'ouverture des inscriptions au concours. J'ai envoyé le formulaire et le chèque d'inscription, et bam, je me suis retrouvée sur la liste des inscrits au concours. Je m'étais dit qu'une fois que j'aurais payé et que j'aurais vu mon nom sur la liste officielle, je ne renoncerai pas lâchement. Et je n'ai pas renoncé.
Me voilà donc le 8 avril à l'université de Nanterre pour passer l'épreuve écrite d'analyse de séquence, boule au ventre et trouillomètre à zéro. Par chance, je tombe sur deux camarades de L3 de Ciné en arrivant sur le quai de Nanterre. Du coup je n'ai pas à pleurer toutes les larmes de mon corps parce que Nanterre est bien trop grande et que j'ai un sens de l'orientation pourri. On entre dans le bâtiment où se déroule l'épreuve et on se dirige vers la queue (il doit être 8h15, l'épreuve est censée commencer à 9h). On longe la queue, qui s'avère absolument interminable : elle fait plus de 3 bâtiments ! Je ne sais pas si c'est rassurant ou inquiétant, mais dans la file, on croise plein de têtes connues : de la promo de L3, on doit bien être une vingtaine au minimum.
30mn plus tard, on arrive aux portes de l'amphi, on émarge, et on entre. Avez-vous déjà entendu parler d'un amphi pouvant contenir 1 000 personnes ? Maintenant, oui. C'est plus impressionnant qu'une épreuve officielle de partiel, plus impressionnant qu'une épreuve de bac. Une foule immense, déjà assise, prête à composer. On s'assoie dans une rangée, vers la droite, et on attend patiemment que l'amphi finisse de se remplir.
Quand tout le monde (ou tous ceux qui ont fait le déplacement, vu que près de 400 élèves de la filière générale paient les frais d'inscription mais ne se pointent pas à l'épreuve d'analyse...) est arrivé, un homme prend la parole. Je ne sais plus si c'est le directeur de la Fémis, ou quelqu'un d'autre. L'amphi est tellement grand qu'on le voit de loin, comme iréel. Il est sympathique, rassurant. Pas de pression. Il nous souhaite bonne chance, nous fait rire en menaçant ceux qui tenteront de déborder du temps réglementaire de faire des effets stroboscopiques avec la lumière pour les forcer à rendre leurs copies. L'homme annonce le film dont la séquence à analyser est extraite : Tournée de Mathieu Amalric. Quelques « oufs ! », d'autres réactions moins contentes. Moi je suis heureuse : Tournée, au moins, je l'ai vu. Et j'ai aimé. Et ce n'est pas un film obscur d'avant-garde tchèque sous-titré en hongrois.
Noir. Noir total : mes voisins ont eu la bonne idée d'amener une lampe de poche pour pouvoir prendre des notes pendant la projection. Moi je prends des notes à l'aveugle, sans certitude de pouvoir me relire. J'ai plein de choses à dire, plein d'idées. Fin de la séquence. 10 mn de pause, puis nouvelle projection de l'extrait. Nouvelles notes, nouvelles choses à dire. Au final, j'atteins presque le maximum de pages autorisés (une copie double et demie) et je sors, 30 mn avant la fin. En écrivant, j'étais très contente de mes idées. En me relisant, je trouve ça naze. Je rends ma copie, j'émarge de nouveau, je remarque au passage que 2 personnes de ma section ne sont pas venues. Tant mieux.
Je ressors, épuisée, vidée. Pas envie de parler. D'ailleurs je rentre toute seule, à la fac, enchaîner sur les cours de la journée auxquels je peux (et je dois) encore assister.
C'était mon premier concours.