Un an en Hypokhâgne pas à près pas : l'hypo-réalité, vous en rêviez p'têtre pas, mais on l'a fait quand même.
Déjà, il faut que je vous dise que je regrette de ne pas avoir écrit un article sur la fac plus tôt. Ce blog n'a jamais eu la vocation d'être un journal tenu au jour le jour, d'où la publication relativement irrégulière des articles, mais j'ai justement peur de vous faire perdre quelque chose en ne parlant de la fac que maintenant. Si vous vous souvenez, en septembre de l'année dernière, j'avais publié quelques articles sur la prépa pour vous livrer mes premières impressions. J'aurais voulu faire la même chose pour la fac, parce qu'il y avait aussi beaucoup à en dire... Mais comme il y avait pas mal de choses dont je voulais parler avant, j'ai repoussé l'article en question et il n'arrive que maitenant. Tout ça pour dire que je regrette un peu de n'avoir pas écrit un premier article sur le vif, surtout après la première semaine de cours, qui a un peu été celle de l'entrée dans un nouveau monde, peut-être même plus qu'en prépa !
Remettons un peu les choses dans leur contexte : nous sommes en octobre, je m'ennuie ferme depuis plusieurs semaines étant donné que la plupart de mes amis ont repris les cours (même les fakheux des autres universités ont recommencé une semaine avant nous !) et que je ne peux pas m'avancer beaucoup plus que je l'ai déjà fait en passant quelques journées à la bibliothèque pour mes cours de littérature.
J'arrive donc lundi matin à 8h à la fac, pour un cours magistral d'économie du cinéma. Déjà je flippe complètement à l'idée d'être dans un amphi et surtout de me planter de salle... (Il y a seulement 2 amphis à Paris III, mais quand on est un boulet, on est un boulet !) Miraculeusement, je reconnais un garçon qui m'a passé quelques-uns de ses cours de cinéma pendant l'été, mais je n'ose pas aller le voir.
Bientôt quelques personnes entrent dans l'amphi, alors je les suis. Je trouve une place dans les rangs de devant, la salle se remplit doucement (la plupart des gens sont seuls), il y a un beau bordel, et 10 mn plus tard, le prof arrive. Le micro ne marche pas mais le prof essaie quand même de s'adresser à nous malgré les problèmes techniques et le bruit général, et lorsque je l'entends dire « Vous êtes donc en 2ème année de Cinéma », je suis dans un état de béatitude extrême... Ca paraît franchement ridicule en le décrivant, mais sur le coup, c'était très symbolique pour moi, comme commencement : premier cours à la fac, premier cours en amphi, premier cours de Cinéma... Et puis le sentiment d'être une sorte d'intruse que personne n'a encore démasquée. Le prof fait quelques plaisanteries, des gens arrivent pour régler les problèmes de micro, on reprend le cours dans le bordel ambiant et c'est fini. (Je casse tout si je vous dis que ça fait quelques semaines que j'ai arrêté d'aller à ce cours ? Oui ? Bon, tant pis.)
Voilà, je suis fakheuse. Personne ne m'a sauté dessus en hurlant « HYPOKHÂGNEUSE HÉRÉTIQUE », le prof ne m'a pas pointée du doigt en me disant qu'il ne me connaissait pas (tu parles, avec 300 élèves...), bref : j'ai survécu !
Bon, la magie du premier amphi est trèèèès vite passée, mais c'était tellement chouette comme début.
Ensuite j'ai enchaîné les TD (Travaux Dirigés, des cours censés être en effectifs réduits). Là, le truc, c'était d'arriver à trouver la bonne salle, entre les infos contradictoires sur le net et dans les couloirs, les chiffres impairs qui descendent et les pairs qui montent (ou l'inverse !) et le flot des gens dans les escaliers. Je crois que ma plus grande peur au début de l'année, c'était de me planter de salle et de devoir repartir en plein milieu du cours (ce qui est arrivé à beaucoup de gens au début de l'année, et qui arrive encore maintenant à certains...). Au final, je me suis à peu près débrouillée pour trouver les bonnes salles, quitte à passer pour la débile de service en demandant confirmation à tous élèves dans un rayon de 10 mètres (« Heu, excusez-moi : vous savez pas où est la salle 127 ? Nan parce que je vois la 125 et la 129, mais pas la 127... »).
Les premiers cours en eux-mêmes ne m'ont pas laissé un souvenir impérissable, même si on a commencé à travailler dès le début. Peu de profs nous ont demandé de faire des fiches avec des informations personnelles, même dans des cours où nous n'étions que 20 élèves. La plupart des élèves étaient comme moi, assis seuls à une table, même s'ils étaient à la fac l'année d'avant. Je n'ai parlé à personne ou presque la première semaine, mais je suis relativement peu sociable : les gens étaient globalement sympas.
Dans les surprises de cette première semaine, il y a eu le fait que la notion d'« être à l'heure » devient TRÈS relatif à la fac, même pour les profs : en gros, si vous êtes là à l'heure officielle du cours, vous êtes en avance. Si vous êtes là 5 mn après, vous êtes à l'heure. 10 mn après, presque à l'heure... Et ça, c'est pour les TD ! J'ai très rarement vu un prof râler contre un élève en retard (je vous parle d'un retard d'1h sur un cours de 2h, par exemple...). Et en CM, vous pouvez débarquer 10 mn avant la fin si vous voulez, le prof continue son cours, impassible. D'un côté, je comprends le fait de ne pas pénaliser les élèves qui sont en retard puisque beaucoup habitent loin de la fac, mais de l'autre, ça dérange vraiment le cours de voir 5 élèves débarquer toutes les 10 mn... Sur ce point, je regrette franchement la prépa, où pour la première fois de ma scolarité je n'étais plus seule dans les couloirs quand j'arrivais à l'heure ou même en avance. Je vous rassure, ça se calme relativement au fur et à mesure de l'année, même si les profs restent très laxistes sur les horaires dans l'ensemble (le pire restant quand même les profs qui arrivent eux-mêmes avec 10 mn de retard...).
L'autre grosse surprise de cette semaine a été... les profs ! Honnêtement, je n'avais à peu près aucun a priori sur les profs de fac. Bon, j'avais vaguement entendu dire que par rapport aux profs de prépas, ils étaient souvent spécialistes de leur discipline (ce qui semble être une bonne chose quand on est à la fac !). Mais personne ne m'avait parlé... de leur âge. Pour vous donner une idée, j'étais dans un couloir, attendant un cours d'Esthétique générale (en Cinéma). A côté de moi, un garçon (plutôt mignon) dont je me dis qu'il a l'air sympa et tout. Comme je suis assez timide de nature, je n'ose pas l'aborder (au bout de la 10ème fois, on se lasse du « C'est bien ici le cours de trucmachinchose ? Oui ? Ah ok, merci... »). Les élèves du cours précédent sortent dans le couloir, et nous rentrons. Et là, où s'installe le garçon en question ? A la table du prof. (Fou rire intérieur d'une bonne dizaine de minutes...) Et effectivement, plus tard, le prof nous a dit qu'il était plus jeune que pas mal d'entre nous. Ca c'était pour la première anecdote. Mais comme je suis un peu naïve, je n'ai pas 'suspecté', en attendant les cours suivants, les gens qui avaient l'air d'avoir mon âge d'être le prof. Sauf que. Mercredi matin, 8h, premier cours d'anglais. On est très peu devant la salle. Il y a une fille en face de moi, toute petite, qui a l'air très jeune et qui a un piercing dans le nez. Je m'approche d'elle : « Excuse-moi, c'est bien ici le cours d'anglais ? » Elle me regarde un peu bizarrement mais me dit que oui. On entre dans la salle, et je découvre que je viens juste de tutoyer la prof. Bon, elle a été assez sympa pour ne pas le faire remarquer ensuite, mais j'étais un tout petit peu gênée quand même...
Et je pense à une troisième surprise, qui ressemble un peu à celle-là, mais à l'envers : l'âge... des élèves. J'avais complètement zappé le fait qu'il n'y a pas de limite d'âge pour aller en fac. Du coup j'ai été assez étonnée de voir des gens qui pourraient être mes parents suivre les mêmes cours que moi ! D'ailleurs il n'y a pas que moi qui ai du mal entre les profs qui ont 23 ans et le élèves qui en ont 40, puisqu'au début de l'année, les appariteurs (= gens qui s'occupent de l'équipement technique des salles, c-a-d télévisions, lecteurs dvd et compagnie) ont pris quelque fois ces élèves pour les profs lorsque ceux-ci étaient en retard. C'est toujours étonnant de voir un prof appeler une femme probablement plus âgée qu'elle « Madame » alors qu'elle appelle toutes les filles du cours « Mademoiselle ». Et c'est assez étrange de se rendre compte que finalement, on a plus de facilités que ces adultes dans la plupart des matières, ce qui est assez logique si on y pense (il est plus facile de faire une dissertation quand on a appris la méthode l'année d'avant que quand la dernière dissertation que l'on a faite remonte à 20 ans...), mais qui va contre l'a priori (le préjugé ?) « adulte = plus de connaissances qu'un ado / jeune adulte ».
Voilà, vous avez un petit aperçu de ce monde à l'envers qu'est la fac par rapport à la prépa, du moins au premier coup d'oeil. Bientôt un article plus détaillé sur les cours de Lettres Modernes, histoire de comparer un peu avec la prépa, et un autre sur les cours de Cinéma, parce qu'il faut bien se faire plaisir...