Un an en Hypokhâgne pas à près pas : l'hypo-réalité, vous en rêviez p'têtre pas, mais on l'a fait quand même.
Je suis un peu emmerdée. Je sais à peu près ce que je veux dire sur la licence de Lettres Modernes. Mais j'ai peur de sous-entendre maladroitement certaines choses que je ne pense pas. Alors je vais commencer par vous dire... ce que cet article ne dit pas. Ce qu'il n'est pas.
Bon, si vous fréquentez un peu mon blog, vous avez l'habitude de l'éternel refrain : ceci n'est que le reflet de mon expérience personnelle, donc ce que j'écris ne s'applique qu'à ce que j'ai vécu. Je ne veux pas en tirer des vérités générales sur la licence de LM. Ni sur la fac. Chaque année, il y a de nouveaux cours, de nouveaux profs, de nouveaux élèves. Prenez donc ce qui va suivre comme quelque chose qui vaut pour moi, en licence de LM à Paris 3, en 2009-2010. Point barre.
Ensuite, je voudrais que l'on distingue bien deux choses : la licence de LM et la fac en général. Parce que je le dirai plus en détails dans un autre article, mais j'aime la fac, vraiment. Avec ses petits et ses gros défauts, avec ses aberrations administratives et son ambiance de glande générale. J'aime la fac et je m'y épanouis autant, sinon plus, qu'en prépa. Epanouissement très différent, mais épanouissement tout de même.
Voilà, ces deux choses étant posées, j'écris enfin l'article promis sur ma façon de vivre ma L2 de LM, ce qui contentera sûrement ceux qui veulent savoir s'ils doivent absolument éviter la fac après la Terminale et les Khâgneux qui hésitent à khûber. D'ailleurs, non, ça ne devrait contenter personne. On ne choisit pas son orientation uniquement sur la base de témoignage : ce n'est pas parce qu'untel a super mal vécu son année de prépa que le système est horrible, ce n'est pas parce que quelqu'un trouve la fac géniale qu'il faut absolument y aller.
Sur ce...
Deux ou trois choses que vous devriez savoir sur la licence de Lettres Modernes (à Paris 3)
1. Une licence de LM n'est PAS une licence de littérature. Pour vous donner une idée, j'ai moins d'heures de littérature qu'en HK. Bon, ok, je ne suis pas d'UE libres, donc j'ai 2h de littérature potentielles en moins. Mais bon, avoir même 6h30 de littérature quand on est en licence de lettres, ça fait mal, quand même.
2. Une licence de LM est bourrée de matières 'techniques' à la con qu'on ne connaît absolument pas quand on est en HK. Linguistique et ancien français, pour ne citer qu'elles, qui représentent tout de même 5h dans la semaine. A ces deux matières, il faut ajouter le latin, optionnel dans pas mal de facs.
3. Oubliez les 15 dissertations par an faites en HK ou en KH. En LM, on fait maximum une dissertation et un commentaire par matière dans le semestre, et c'est déjà bien. Et pour la plupart des élèves, « dissertation » est un gros mot.
4. Oubliez également les devoirs de 4/5/6h. A Paris 3, l'épreuve la plus longue dure 4h. Pour le reste, ça oscille entre 1h30 (latin) et 3h (littérature générale et comparée). Et puis oubliez aussi les devoirs de plus de deux copies doubles : à la fac, la mode est à l'économie.
Et sûrement d'autres choses que j'oublie. Mais ça, il faut en être conscient, en particulier quand on vient de prépa.
Ce à quoi ressemble un emploi du temps d'élève en Lettres Modernes
Bon, je vais me répéter, mais je ne fais ni Anglais, ni UE libre, ni UE professionnelle en Lettres, mais en Cinéma, donc je n'ai pas tout à fait le même emploi du temps qu'un élève de L2 lambda. En théorie, je devrais avoir dans les 18h de cours en LM, alors que j'en ai 13h30 actuellement. Autant vous dire que ça laisse le temps d'approfondir chez soi, voire de suivre des cours en auditeur libre (ce que peu de gens ayant un emploi du temps aussi léger font, j'essaie encore de comprendre pourquoi...).
Je vous donne un aperçu des matières que je suis, avec mon avis ultra-pas-objectif :
Linguistique : LA matière technique et chiante par excellente. Tout le monde se demande à quoi ça sert. Ca paraît intéressant sur le papier, mais en vrai, on étudie des questions plus paaaaassionnantes les unes que les autres, comme les « Questions d'énonciation » ou « Les expressions réferentielles ». Paaaassionnant, je vous dis. Toujours est-il que, pour les élèves de prépa inquiets, ne pas avoir fait de Linguistique avant d'entrer en licence de LM ne pose aucun problème. Avec la plupart des profs, il suffit d'avoir appris bêtement son cours et de l'avoir un minimum compris pour tabler entre 15 et 20. Bon, ça ne vaut pas pour tous les profs, mais le barème est très clair, pas comme pour une dissertation, par exemple.
Ancien français : A Paris 3, ça se commence en L2. Je ne sais pas s'il est facile de rattraper une année pour ceux qui arrivent en L3 directement, mais je pense que ce n'est pas insurmontable. Pour ce qui est de la matière elle-même, franchement elle ne me passionne pas des masses, même s'il faut reconnaître qu'il est normal, en licence de LM, de connaître un minimum l'histoire et les évolutions de la langue française. Là encore, une matière loin d'être ultra compliquée si on comprend un minimum le cours.
Latin : Un point sur lequel Paris 3 n'est pas trop mal organisé, c'est bien le fonctionnement du latin, avec une répartition par groupes de niveaux, selon l'avancement dans le bouquin de référence. Je ne voulais pas continuer le latin initialement (il est possible de faire de la culture antique à la place), mais j'y ai été plus ou moins obligée pour cause d'incompatibilité d'horaires avec la culture antique. Et au final, je ne regrette pas du tout ! Je n'aimais vraiment pas le latin en prépa, en grande partie parce que nous avancions d'une façon totalement hasardeuse : jamais d'apprentissage de vocabulaire, des points de grammaire compliqués avant de faire les plus simples, pas d'apprentissage des pronoms de base, etc. Là, j'ai découvert une prof ouverte, sympa, et efficace ! En 1h30 par semaine, on avance beaucoup plus vite que l'année dernière en prépa. Bon, évidemment, si vous êtes dans une prépa où vous faites 4h de latin par semaine de façon vraiment intensive, vous allez rigoler en rentrant en fac. Mais moi je redécouvre totalement la matière, en reprenant les choses par le bon bout, et je m'en sors beaucoup mieux. Ok, en partie parce que la notation n'est pas du tout la même (de 6 à peu près au 2ème KB, je suis passée à 19,25 au partiel du 1er semestre...), mais aussi parce qu'on prend les choses 'dans l'ordre' et que j'ai l'impression de réellement engranger des connaissances et plus de régresser comme c'était le cas l'année dernière. Bref, le latin, c'est le bien !
Culture antique / culture moderne : C'est le seule cours magistral obligatoire en L2 de LM. Au premier semestre, je ne pouvais pas assister au cm de culture moderne auquel j'étais inscrite pour cause d'incompatibilité d'horaires, mais le cours avait l'air très intéressant (en gros c'était sur les réécritures des mythes). Au second semestre, je suis le cm de culture antique, qui est dix mille fois plus passionant que la culture antique d'HK, en grande partie parce que la prof rend le cours très... vivant !
Littérature : Là, Paris 3 offre des cours extrêmement variés. Ca va de la figure de Mélusine au mythe de Pygmalion en passant par la figure de l'imposteur au théâtre. Au premier semestre, j'avais un cours très intéressant sur le mythe de Pygmalion, avec des bouquins assez intéressants eux-mêmes, et la prof était très bien. Quand on aime la littérature, on ne peut qu'apprécier. Au second semestre, j'ai un td intitulé « Liberté et colonisation », avec au programme du Rousseau, du Diderot, du Marivaux, du Montesquieu et du Condorcet. En soi, programme et bouquins très intéressants, même si j'ai une légère envie de tuer la prof, qui pique des colères hallucinantes pour un élève qui arrive avec 5 minutes de retard et dont le rêve est sûrement d'être prof en prépa pour enfin côtoyer les esprits supérieurs qu'elle n'a pas trouvés dans l'université de province où elle était l'année dernière... (« Moi je rêve que Paris 3 soit pôle d'excellence ! »...)
Littérature générale et comparée : Un cours spécifique au « parcours littérature » de Paris 3. En gros, c'est un thème, ou un genre, étudié à travers des livres de différents pays. En soi et sur le papier, c'est super intéressant, mais dans la pratique, c'est ultra bâclé parce que le cours dure 1h30, et en plus les oeuvres sont étudiées dans leur traduction, ce qui est quand même assez triste, mais bon, on est en licence de LM, et pas en prépa : on ne va quand même pas demander aux élèves de maîtriser un autre domaine que les lettres modernes... Là aussi, les cours sont très variés. Au premier semestre, j'avais un td sur « La nouvelle dans les années 1980 », où j'ai découvert trois recueils plutôt intéressants même si je n'ai rien retiré ou presque du cours en lui-même. Au second, j'ai un td sur « La notion de livre-univers dans la science-fiction », qui est assez sympa puisqu'il sort de l'ordinaire, avec des bouquins de pure science-fiction au programme. En gros, le concept de la LGC est super dans le fond, mais à revoir dans la forme.
Voilà, j'ai fait le tour de tous mes cours (gardez à l'esprit qu'il y en a trois que je ne suis pas, et qui sont peut-être (on peut tjrs rêver !) absolument passionnants), et comme cet article est déjà un pavé en lui-même, je m'arrête là : je développerai dans un autre article des points comme le niveau des élèves, les exigences des profs, l'ambiance, et tout le tralala.