Un an en Hypokhâgne pas à près pas : l'hypo-réalité, vous en rêviez p'têtre pas, mais on l'a fait quand même.
Voilà la suite (tant attendue ?) de mon article sur la licence de Lettres. Désolée d'avoir mis tant de temps à l'écrire. Procrastinatrice un jour, procrastinatrice toujours !
Je vais commencer par le niveau des élèves, dont on dit souvent qu'il est ridiculement bas comparé à la prépa. Et bien c'est à la fois vrai et faux... On doit être environ 200 élèves (ou plus, j'imagine) en L2 de Lettres Modernes : comment juger du niveau de tous les élèves sans l'existence de classes comme en prépa ? Si je prends un cours au hasard et que j'observe un peu les élèves, j'en déduis que 99% des fakheux en LM ressemblent à ces élèves de 1ère L qui sont arrivés là parce qu'ils étaient trop mauvais en maths pour faire autre chose. Si je prends un autre cours, je me dis qu'une bonne partie des élèves n'ont pas grand-chose à envier à l'hypokhâgneux moyen. Bref, d'un cours à l'autre, le niveau varie déjà énormément.
Ce que je peux dire, c'est que si on cherche à connaître le niveau moyen des élèves de fac, évidemment, la prépa 'gagne' largement. Parce que la prépa sélectionne les élèves sur dossier, et que la fac recrute uniquement (dans la plupart des établissements) en fonction de l'obtention du bac. Comment comparer ces deux systèmes du point-de-vue du niveau alors que leurs modes d'admission ne sont pas du tout les mêmes ? Evidemment que le niveau moyen est plus élevé en prépa qu'en fac, puisque les élèves sont pris sur dossier ! Ca ne veut pas dire que le 'niveau des cours' (ce qui en soi, ne veut pas dire grand-chose) est moins élevé en fac qu'en prépa, tout comme il n'est probablement pas moins élevé dans un 'petite' que dans une 'grande' prépa.
Alors effectivement, si vous prenez le moins bon élève d'un cours de fac, c'est assez effrayant. D'une part, les profs l'ont dit eux-mêmes : les grèves de l'année dernière ont permis à pas mal d'élèves de passer en 2ème année... D'autre part, avec les systèmes de rattrapages / compensation, certains élèves arrivent effectivement à passer d'une année sur l'autre en ayant un très mauvais niveau. Mais à l'inverse, si on prend les meilleurs élèves, on voit qu'ils ne diffèrent pas franchement des bons élève de prépa ! Ils ont d'ailleurs plus de 'mérite', n'ayant pas été poussés en L1 à bosser par eux-mêmes pour réussir. Je ne pense pas que la fac puisse 'tirer' un bon élève vers le bas : un bon élève qui n'est pas satisfait d'un cours peut très bien aller l'approfondir avec des bouquins (les bibliographies sont là pour ça, il me semble) et faire des exercices de son côté. Effectivement, si on se contente de faire acte de présence et de lire les 2 livres au programme (et encore, pour beaucoup, c'est déjà trop demander...), on ne peut pas vraiment progresser. La fac est aussi une question de volonté et de choix.
D'ailleurs, j'ai assez envie de casser un cliché qu'on nous ressort inlassablement dès qu'on hésite entre fac et prépa : « Va en prépa, ensuite tu iras à la fac et tu seras parmi les meilleurs de ta promo ! » Pour connaître quelques ex-HK dans ma licence, je peux vous dire que ça ne se vérifie absolument pas. Bon, il faut tout de même nuancer tout ça par le fait que les HK qu'on retrouve en L2 ne sont pas forcément représentatifs de tous les élèves de prépa, puisqu'ils finissent le plus souvent à la fac parce qu'ils n'avaient pas le niveau pour aller en KH : j'imagine que les élèves qui arrivent à la fac après une KH sont dans un cas bien différent. Mais pour en revenir au cas qui m'intéresse, j'ai vu les résultats de plusieurs ex-HK, et beaucoup tournent entre 12 et 13 de moyenne (en bossant). Certes, ce n'est pas mauvais, mais je vous assure que c'est loin d'être brillant, et que ça ne les place absolument pas au même niveau que les très bons élèves de fac ! A côté de ça, plusieurs fakheux qui ne sont jamais passés par la prépa tournent à 14 de moyenne et plus. Bref, venir de prépa ne veut absolument pas dire, en tout cas en L2, faire partie des meilleurs élèves à la fac. Et pour la petite anecdote, j'ai depuis le début de l'année plusieurs cours avec quelqu'un dont les interventions sont les plus idiotes que je n'avais jamais entendues et qu'à peu près 90% des gens ont envie de tuer dès qu'il ouvre la bouche... et bien j'ai découvert récemment qu'il venait de prépa, et pas une des moins sélectives de Paris. Comme quoi...
Désolée d'avoir passé un peu de temps sur la question, mais je pense que ça valait le coup, histoire de mettre un peu les choses au clair et de réfreiner les élans des HK qui pensent que parce qu'ils viennent de prépa, ils sont nécessairement supérieur au pauvre mortel fakheux.
Le deuxième point que je voulais aborder est l'exigence des professeurs. Là, on peut dire que prépa et fac sont radicalement opposées. Je pense qu'on confond souvent le niveau des élèves et l'exigence des professeurs : ce n'est pas nécessairement le niveau qui est moins élevé en fac qu'en prépa, mais les professeurs qui n'ont absolument pas les mêmes exigences !
Je n'ai qu'un semestre de notes derrière moi, mais je crois avoir compris une des différences radicales entre la notation prépa et la notation fac : le fait de récompenser le travail de l'élève. En prépa, la notation est certes extrêmement 'dure', mais surtout, elle n'est absolument pas proportionnelle au travail fourni par l'élève : ce n'est pas parce que vous avez passé 30h sur votre dm que vous aurez 15, ce n'est pas parce que vous avez révisé votre dst d'histoire pendant 3 semaines que vous aurez 16. Bref, en prépa, on note surtout la copie elle-même. Ce qui semble assez juste, finalement. En entrant à la fac, j'ai été très surprise par mes premières notes de dissertations à rendre à la maison, étant encore habituée à la notation type prépa : j'ai eu 15 à des devoirs qui m'auraient probablement valu un 8 en prépa (et encore...).
A travers les appréciations sur mes copies, je me suis rendu compte que les professeurs essayaient beaucoup de valoriser le travail de l'élève, son sérieux : quand on voit qu'il y a des recherches derrière un devoir, qu'il n'a pas été fait en 3h la veille, on ne lui met pas 10 comme en prépa. Bien sûr, si un devoir est hors sujet, il est hors sujet, on ne peut rien y faire. Mais j'ai remarqué, à travers des exposés pas franchement très approfondis mais dont on voyait qu'il y avait des recherches derrière, que la notation était beaucoup plus souple pour encourager les élèves.
Quelque part, fac / prépa, c'est un peu la carotte ou le bâton. Le piège à la fac, c'est qu'il ne faut pas se dire qu'on a eu 12 à son devoir et que donc on a rendu un truc passable. En prépa, on sait que lorsqu'on a 8, on peut / on doit faire mieux. Je ne sais pas si je suis très claire. Mais disons que la fac encouragerait plutôt en disant « Voilà, vous êtes sur la bonne voie. », là où la prépa aurait plutôt tendance à nous dire « C'est tellement nul que vous ne pouvez que faire mieux. » Et même quand c'est bien, on peut toujours faire mieux.
Je pense qu'il faut prendre ça en compte quand on est en Terminale et qu'on hésite entre la fac et la prépa. Je croyais fonctionner beaucoup plus par la méthode de la fac, et au final la prépa m'a plutôt bien convenu, et m'aide beaucoup à la fac : quand j'ai 15 à la fac, je sais que ça ne veut pas dire que le devoir est très bon, et je sais que je peux faire mieux. Bien sûr, tout ça ne vaut pas forcément pour tous les profs, même si ça s'applique globalement à peu près à tous mes cours de lettres modernes jusqu'ici.
Pour finir, l'ambiance. Un point en faveur de la fac. (Même si en prépa, l'ambiance peut aussi être très bonne, j'espère que vous l'avez compris si vous avez lu mes articles sur Victor Hugo.) Le seul problème de la fac (ou du moins de la majorité des facs), c'est qu'il n'y a pas de classes comme en prépa. Enfin c'est un avantage dans le sens où comme ça, on n'a pas à se farcir certains débiles 18h par semaine, mais c'est aussi un inconvénient, dans le sens où on a parfois très peu de cours en commun avec des gens que l'on apprécie. D'ailleurs, à cet égard, je trouve la division en semestres assez frustrante : à la fin d'un semestre, on commence à connaître ses camarades, parfois à la apprécier, et là BAM, changement de semestre, changement de camarades.
Globalement, l'ambiance est plutôt bonne dans la plupart des cours. Ce qui la fait varier d'un cours à l'autre, c'est surtout la participation demandée par les professeurs : il y a des cours assez mornes où le prof fait son monologue sans jamais essayer de réveiller les élèves, et il y a des cours où les élèves doivent vraiment s'investir et où on finit par avoir l'impression de faire presque autant cours que le prof.
Je trouve que l'ambiance générale est bonne. Mais ça ne m'empêche pas de n'accrocher avec presque aucun élève. Bon, je suis quelqu'un d'assez peu sociable et de plutôt timide, donc je peux très bien passer trois mois seule à un cours en espérant qu'on va me foutre la paix. Mais même si d'un côté, la fac est un lieu de brassage extraordinaire où on peut se retrouver à parler et à sympathiser avec des gens d'univers très différents, je trouve qu'il est beaucoup plus difficile de se faire des amis (je ne parle pas de 'connaissances', mais bien d'amis) qu'en prépa, notamment à cause de l'absence de 'classes'. En LM, j'ai dû parler à 5 personnes à tout casser, et je dois connaître autant de prénoms. Sur ces 5 élèves, des ex-HK (oui oui, j'ai honte !). Ce n'est pas parce que les gens se connaissent tous de la première année (pas du tout, même), mais plutôt parce que (là je me prépare à recevoir des jets de pierres...) ça ne m'intéresse pas. (Ceci n'est valable que pour la licence de LM, je parlerai du Cinéma dans un prochain article et vous verrez à quel point c'est différent, pour moi.
Je n'arrive pas à aller vers les gens, je n'en vois pas l'intérêt. Il y a les élèves qui ont l'air sympa mais qu'on n'accoste pas tout bêtement parce qu'ils ont déjà des 'groupes' d'amis et que c'est forcément plus dur d'aller vers eux. Il y a ceux à qui on ne parle pas parce qu'ils sont toujours seuls à une table (tiens, c'est moi ça !) et qu'on est trop timide pour les aborder. Et il y a ceux dont on prie qu'ils ne nous adresseront jamais la parole parce qu'on est allé en prépa en partie pour s'en débarasser.
Là, je devrais plutôt dire 'celles'. Vous savez, les pouffettes talons haut / slim blanc / t-shirt moulant, maquillées comme des voitures volées ? En Lettres, depuis les inscriptions pédagogiques, j'ai l'impression qu'il n'y a que ça. Bien sûr, c'est de la mauvaise foi, il n'y a pas que des filles comme elles, mais j'assume totalement mon snobisme : je ne peux pas avoir envie de sympathiser avec des filles qui sont en lettres uniquement parce qu'elles aiment lire kikoo-lol-mdr (ne vous méprenez pas, j'adore lire, mais je pense que ce n'est pas forcément une motivation suffisante pour faire une licence de lettres), qui passent leur temps à se remaquiller en cm et lisent Tatouage Magazine en cours... Et puis il y a aussi le fait qu'étant en double licence, je n'ai que 12/13h de Lettres par semaine, et que je ne me sens pas obligée de sociabliser à tout prix. J'espère que je n'ai pas vexé la moitié des lectrices de ce blog... Bien sûr, il y a aussi des gens 'normaux', un peu passe-partout, mais on ne va pas forcément naturellement vers eux, et surtout, on n'a pas forcément beaucoup de cours en commun avec eux. J'ai oublié de préciser qu'il y a aussi très peu de garçons en LM (plus qu'en prépa, quand même), ce qui est rarement une super chose pour l'ambiance, je trouve. Enfin je vous parlerai du cinéma, où il y a à peu près la même proportion de filles et de garçons, et vous verrez que c'est quand même très différent.
Voilà, cet article vient de me prouver à quel point je suis asociale et aigrie, mais c'est pas grave, j'assume. Ensuite je m'attaque à la licence de Cinéma : ce sera plus léger, rassurez-vous !