Un an en Hypokhâgne pas à près pas : l'hypo-réalité, vous en rêviez p'têtre pas, mais on l'a fait quand même.

Sans doute le cliché le plus répandu de tous, puisqu'en quelque sorte, il englobe tous les autres : la prépa, c'est une épreuve psychologique parce que les profs sont des monstres, qu'on a vingt minutes par jour à tout casser pour manger/regarder la télé/communiquer avec le monde extérieur, qu'on se fait détruire par les autres élèves, etc.
Répandu, et plutôt vague, au fond.
C'est un cliché qui a beaucoup alimenté mes doutes et m'a fait penser pendant longtemps que la prépa n'était pas faite pour moi, ou plutôt que je n'étais pas faite pour la prépa. Parce que j'ai toujours trouvé insupportables les réflexions méprisantes venant d'un professeur dans le seul but de blesser ou d'humilier un élève. Parce que ces réflexions m'ont toujours donné envie de les fuir plutôt de les affronter. Je me voyais donc mal supporter un an pendant lequel ces réflexions seraient habituelles.
Evidemment, ces craintes sont tombées à l'eau quand j'ai commencé à connaître mes professeurs, comme je le disais dans mon premier article consacré aux préjugés à propos de la prépa. Pour le moment, même si mon ego a pu prendre des coups, je ne me suis jamais sentie humiliée par une remarque. La prépa donne l'occasion de se remettre en question, et je trouve ça plutôt sain : on ne nous descend pas pour le plaisir de nous descendre, mais pour que l'on reparte sur de meilleures bases. Et puis ça ne peut sans doute pas faire de mal à des élèves à qui on s'adresse souvent comme à « l'élite » de la nation (je vous rassure, ce n'est pas le cas chez nous !)...
A l'heure où j'écris cet article, la seule chose qui pourrait me faire abandonner la prépa serait le problème du sommeil, que j'ai déjà évoqué, qui n'est dû qu'à moi-même et qui ne durera pas longtemps je l'espère.
Je vais probablement énoncer une généralité, mais je pense que la pression psychologique de la prépa dépend presque entièrement de l'hypokhâgneux lui-même : un des derniers élèves de la classe peut supporter la prépa beaucoup mieux que le dixième. Personne ne veut être dernier, bien sûr, mais tout le monde ne s'impose pas la même pression pour réussir (et, accessoirement, tout le monde n'est pas soumis à la même pression).
Dans ma classe, il y a des élèves qui craquent très souvent et se définissent pourtant eux-même comme des « battants » (j'emploie leur propre mot, pas le mien). J'emprunte l'expression d'une amie, elle-même en prépa : dans leur classe, ils étaient grands parmi les petits, et se retrouvent soudain petits parmi les grands. C'est quelque chose qu'il faut accepter en allant en prépa ; il faut peut-être se donner les moyens de le dépasser, mais sans doute pas se rendre malade en voyant qu'on n'y parvient pas immédiatement...
Je pense bien supporter la prépa, ou du moins cet aspect bien particulier qui concerne les notes, parce que j'ai appris à relativiser : il y a des cracks dans toutes les matières, c'est donc NORMAL de ne plus être premier partout et NORMAL de voir sa moyenne baisser de plusieurs points pour un travail bien supérieur à celui qu'on fournissait au lycée.
Je n'ai pas l'impression d'avoir une volonté moins forte de réussir parce que je ne me rends pas malade à chaque note en dessous de la moyenne, à chaque personne qui réussit mieux que moi.
Au fond, peut-être qu'il y a là un autre danger : celui de trop relativiser, de se laisser peu à peu prendre dans la routine des notes qui ne volent pas trop haut. Mais tout le monde n'a pas pour objectif ultime d'être absolument dans le peloton de tête, et puis ce 'danger' n'en est peut-être pas vraiment un. Après tout, à chacun sa prépa, à chacun ses objectifs. L'hypokhâgne, qu'on soit premier ou dernier, reste l'hypokhâgne, non ?